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Interview réalisée par l'Association FABBLE (1999) Propos recueillis par l'Association FABBLE.
Isabelle Merlet, bonjour et tout d'abord merci de participer à l'association FABBLE ; grâce à vous, les adhérents mais aussi les internautes vont pouvoir découvrir une facette de la bande dessinée encore trop peu méconnu à notre goût : la mise en couleurs.
1. Beaucoup de nos lecteurs ne vous connaissent pas alors pouvez-vous nous parler un peu de vous ? Je ne suis pas quelqu'un de bavard. 2. Êtes-vous une passionnée de BD ? Aussi surprenant que cela puisse paraître je ne suis pas une " passionnée " de BD et cela a certainement à voir avec le fait que je suis passée à côté lorsque j'étais gosse. 3. Comment se passe la relation dessinateur-coloriste ? Avez-vous des directives précises sur les couleurs ou vous laisse-t-on toute latitude dans la colorisation de l'album ? C'est une relation qui n'est pas simple, où il s'agit de satisfaire les exigences et les goûts du dessinateur et les nôtres sans que la qualité ne soit compromise. 4. Comment avez-vous rencontré les différents dessinateurs avec qui vous travaillez ? Par téléphone. 5. Avez-vous déjà eu des mécontentements de la part de certains dessinateurs ? Vous voulez dire pour l'ensemble d'un album ? Certainement, mais personne ne m'en a rien dit. Lorsqu'une case ou une page ne plait pas, j'écoute pourquoi et je recommence si je pense pouvoir faire mieux. Ca fait parti du travail, je recommence souvent pour moi, pour essayer de trouver la meilleure solution donc ça ne me pose pas de problème de le faire à la demande de quelqu'un avec qui je travaille. 6. Pourriez-vous nous expliquer sommairement pour les adhérents non initiés, la façon dont vous procédé pour coloriser l'album ? Je travaille par séquence, en essayant de créer une ambiance spécifique pour chacune. 7. Le fait de travailler sur des bleus, est-ce quelque chose qui vous rassure ou vous sentiriez-vous plus à l'aise pour travailler en couleur directe ? Le bleu n'est pas là pour rassurer le coloriste mais pour lui permettre de faire sa mise en couleur sans " toucher " au dessin. Le principe du bleu est de séparer le trait de la couleur, il s'agit d'une reproduction ( au format d'impression de l'album) des planches du dessinateur. Je met donc en couleur ce tirage papier qui est accompagné d'un transparent sur lequel on a imprimé en noir la planche. En superposant les deux éléments on voit apparaître le dessin et sa mise en couleur. 8. En tant que coloriste, que pensez-vous de la mise en couleur par ordinateur ? Du bien, dans la mesure où la personne qui est devant l'ordinateur est un bon coloriste. 9. D'une manière plus générale et après 8 ans et une vingtaine d'albums colorisés, quel regard portez-vous sur la bande dessinée francophone ? Vaste programme ! Je dirais simplement qu'à l'intérieur du support bande dessinée il y a quantité de genres qui ne m'accrochent absolument pas (Héroic fantaisie, S F, Historique à la sous - Juillard ...). Ma curiosité va plus naturellement vers des albums qui ont souvent du mal à trouver leur place dans les classifications des libraires. 10. Vivez-vous du métier de coloriste ? Oui, entre autres choses… Pour vivre correctement de la bande dessinée il faut soit produire beaucoup - je ne le souhaite pas - soit vendre suffisamment d'albums pour percevoir des droits d'auteur - et pour un éditeur, négocier des droits d'auteur avec un coloriste n'est pas du tout une démarche naturelle ! 11. Y-a-t-il des albums plus rémunérateurs que d'autres ou est-ce fonction de la notoriété du coloriste ? Non, il y a un prix par page qui varie sensiblement selon les éditeurs et la difficulté du travail. 12. Le métier de coloriste, comme celui de dessinateur, est un métier de solitaire, est-ce par besoin de rencontrer du monde que vous faites des animations en milieu scolaire et bibliothèque, ainsi que des ateliers au forum FNAC ? Pour les ateliers peinture de la fnac, qui est une activité très différente de la mise en couleur, il ne s'agit pas tant de sortir de la solitude que d'avoir un échange stimulant avec les enfants. Ils ont la capacité de faire les choses sans préméditation et la question du " bien fait " ne les taraude pas encore. Et pour l'adulte que je suis, ce dégagement est vraiment fascinant. 13. Quels sont vos projets pour le futur ? La suite de "La croix de Cazenac" et le tome 4 du "Chant des Stryges". 14. Etes-vous interessé pour effectuer vos propres dessins et sortir votre album en solo ou avec un scénariste ? J'aimerais beaucoup commencer à publier mes illustrations, je vais d'ailleurs me mettre en quête d'un agent. 15. Enfin, pouvez-vous nous donner vos impressions sur le prix "coup de cœur en couleurs " que vous avez reçu le dernier week-end du mois de mars au festival BD en bordelais d'Artigues ? Non. C'est un prix qui a fait très plaisir aux gens qui me l'ont remis, mais il n'aura aucune incidence sur mon travail. Et tant mieux, c'est plutôt rassurant de se dire qu'il ne suffit pas d'avoir un prix pour avoir du boulot. Je suis absolument contre l'idée de la récompense dans le cadre d'un travail. Nous vous remercions d'avoir bien voulu répondre à notre questionnaire et espérons pouvoir poursuivre notre collaboration dans un avenir proche. |
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