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 | Les Auteurs : Interview d'Eric Corbeyran |
Interview réalisée par L'Envers des Bulles (2001)
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Interview réalisée lors du
festival BD'01 de Sierre
Je m’appelle Eric Corbeyran, je suis scénariste depuis
1990. J’ai écrit 58 albums jusqu’à aujourd’hui et je suis venu à Sierre
pour présenter le 5ème tome du chant des stryges qui s’appelle Vestiges.
J’ai 36 ans, bientôt 37. J’habite à Bordeaux en France et j’ai deux
petites filles, une de 12 et une de 5. |
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Comment vous avez débuté dans la bande dessinée ?
C. : J’ai été baigné dans la bande dessinée
toute mon enfance puisque mes parents avaient des bandes dessinées à la
maison. Donc les premiers livres que j’ai lus étaient des bandes
dessinées, et j’ai donc appris à lire quasiment dans la bande dessinée.
Mes lectures jusqu’à l’adolescence étaient composées essentiellement de
bande dessinée. Donc au moment de choisir un métier tout naturellement je
me suis tourné vers ce média puisque j’avais envie en faite de raconter
des histoires à mon tour. Et le premier réflexe que j’ai eu c’était de me
tourner vers la bande dessinée qui est un art à la portée de tous. Donc
c’est quand même quelque chose pour un adolescent qui n’as pas de moyen,
j’étais de famille modeste, mais c’est accessible, c’est un art accessible
à tous et donc j’ai accédé.
Pourquoi le scénario et pas le dessin ?
C. : C’est vrai que quand on parle de bande dessinée on
parle de dessin. Et d’ailleurs quand j’avais 17 ans, j’écrivais mes
histoires et je les dessinais moi-même. Il se trouve que mon dessin était
plutôt moyen, voire médiocre, et qu’il n’était pas suffisant pour me faire
accéder à un niveau plus professionnel. Donc je n’en ai pas pris ombrage.
J’ai pas cherché à l’améliorer, parce que ça aurait été trop long, trop
laborieux, et j’ai choisi de me concentrer sur le scénario puisque la
profession me disait plutôt que mes histoires étaient sympa. Voilà donc
j’ai préféré aller vers ce que je faisais de mieux pour proposer des
choses de qualité plutôt que d’aller vers un dessin qui se serait avéré
peut-être moyen, voire satisfaisant un jour, mais ça aurait été un
dessinateur moyen de plus sur le marché qui est quand même assez copieux
aujourd’hui. Donc je suis assez content d’avoir abandonné le dessin au
profit du scénario. Mais je garde de mes premières lectures un imaginaire
très visuel. C’est à dire que quand j’écris des histoires, je ne fais que
décrire des images. Donc j’ai vraiment beaucoup d’images devant les yeux
que j’essaye de traduire avec des mots, le moins de mots possibles, avec
des phrases courtes, lapidaires qui évoquent à leur tour des images. Donc
mon imaginaire reste un imaginaire très visuel.
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Vous faites aussi des story board pour les dessinateurs ?
C. : Je fais des story board pour moi-même. Les dessinateurs généralement
n’aiment pas qu’on les story board parce qu’ils ont l’impression qu’on
leur mâche le travail. Donc avant de faire un scénario pour le
dessinateur, je fais un petit story board pour moi qui me permet de mettre
en relief toutes ces idées. Et ensuite j’essaye de décrire avec des mots
les petites ébauches, les petits croquis que j’ai fait pour moi même et
ensuite je détruis toute suite les esquisses et je les cache.
On va parler des stryges parce que c’est un des derniers albums…
C. : Ouais, faudrait faire trois émissions par jours c’est ça ?
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©Ed. Delcourt - 2002
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Par année sûrement… Les stryges, l’idée de départ c’est quoi ?
Corbeyran :L’idée de départ c’est un livre
que nous avons trouvé avec Richard Guérinaux, le dessinateur, mon ami
Richard, un livre qui parlait de ce phénomène et qui en faisait une espèce
de phénomène au même titre que les martiens, ou qu’éventuellement les
vampires. Donc c’était un phénomène paranormal qui était développé par un
auteur anglais et on s’est emparé un peu de ce livre pseudo scientifique
pour en créer une série de fiction. C’est à dire essayer de raconter des
histoires contemporaines avec une dimension fantastique qui serait une
réalité alternative. A savoir : et si des créatures au delà du champ de
notre conscience existaient, comment réagiraient les êtres humains à la
découverte de cet espèce de monde caché. Voilà c’est un petit peu comme ça
qu’est née l’idée des stryges.
Au début il y avait que le
chant des stryges, puis le clan des chimères et le maître du jeu, l’idée
de faire plusieurs séries était déjà présente au début ?
C. : L’idée d’enrichir l’univers des stryges est née en même temps que la
série. Eensuite c’est le succès commercial qui a fait que les idées ont pu
éclore, mais les idées étaient déjà là. Si on n’avait pas rencontré le
succès, on ne les aurait certainement pas développées, mais l’idées
d’enrichir l’univers et de profiter d’une mythologie qu’on avait recréée
était déjà présente à la base.
Le chant des stryges et le maître du jeu ça se passe à la même période ?
C. : Oui c’est dans
la même période, c’est aujourd’hui. Dans le maître de jeu ce qui change un
petit peu c’est le côté flash back du 19ème qui nous apporte des
informations qui datent de la fin du siècle d’avant. Et le clan des
chimères se situe dans le Moyen-ge. En fait ces séries là sont autonomes.
Donc on n’a pas forcément besoin d’être spécialiste des stryges pour
comprendre ce qui se passe dans ces séries là. En revanche elles apportent
des informations que nous n’aurions pas pu traiter dans la série le chant
des stryges, des informations qui auraient paru un petit peu saugrenues.
Pour arriver en plein milieu de la série et expliquer des choses un peu
abracadabrantes, il aurait fallu qu’on torde un peu trop le scénario et on
aurait été taxé de faiseurs à ce moment là. Donc pour éviter ça on a
décidé de créer des séries autonomes qui vont apporter des informations
supplémentaires de manières plus cohérentes.
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©Ed. Delcourt - 2002 |
Donc elles ont des liens indirects entre elles et pas de liens directs ?
C. : Elles ont ce que nous on a appelé des passerelles. Il y a
quelques passerelles entre les séries. Notamment un des tableaux, le
tableau qui sert de déclencheur à un moment donné dans le chant des
stryges, a été peint par un des personnages du clan des chimères. On va
retrouver un vieux grimoire dans le tome 3 du maître de jeu, ce grimoire a
été écrit par un des personnages du clan des chimères, etc… Vous voyez ce
sont des passerelles sous forme d’objet souvent et qui vont servir un peu
à alimenter la mythologie.
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Et le fait de développer plusieurs
univers, parce qu’il y en aura un 4ème qui va se dérouler sur Mars, ça
permet d’aller plus loin ?
C. : Ça permet surtout de poser
d’autres questions, donc forcément d’aller un peu plus loin et de traiter
de thèmes par exemple dans la série futuriste il va évidemment être
question de mutation, donc de génétique etc. Donc des choses dont on ne
peut pas parler quand l’action se situe au Moyen-ge, où en tous cas pas
sous cette forme là. Donc c’est vrai que les thématiques d’une série sur
l’autre vont évoluer, vont changer, c’est toujours sous-tendu par des
thématiques intéressantes j’espère. C’est de la série populaire et grand
public d’action, d’aventure, mais il y a aussi quelque part un
questionnement entre guillemets philosophique. Sommes-nous seuls,
sommes-nous les maîtres, n’y a-t-il pas d’autres consciences dont nous
n’aurions pas conscience ?
Pour l’histoire, vous vous sentez plus proche du Dracula de Brahm Stocker ou des X-Files?
C. : Je dirais que ce qui m’a amené à créer, à recréer cette mythologie là c’est
plutôt Howard Philip Lovecraft, donc je sais pas où le situer par rapport
aux deux… Mais c’est à l’adolescence que j’ai découvert toute l’oeuvre de
Lovecraft et j’ai été très très marqué par la richesse intérieure de son
univers, très sombre, très pessimiste. Et j’ai eu envie à mon tour et avec
la collaboration et l’accord de Richard Guérinaux, de recréer une
mythologie à travers laquelle on peut traiter mille et un sujets et
aborder toutes les époques. Donc c’est plutôt, en tous cas au niveau des
références, vers Lovecraft qu’il faut se tourner.
Quand il a
fallu créer les stryges visuellement, est-ce que vous vous êtes inspiré
des dessins et des sculptures qui existent déjà ou bien est-ce que vous
les avez recréé entièrement ?
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C. : On s’est servi un petit peu des
codes du stryge : personnage plutôt humanoïde, pourvu d’ailes, en plumes.
Voilà c’est un petit peu la définition et on s’est servi de cette
description qu’on retrouve un petit peu partout dans les textes. Ensuite
on l’a étendu parce que je crois que les stryges, à l’origine - dans la
mythologie grecque, puisque le mot est tiré de la mythologique grecque -
étaient des créatures essentiellement féminines. Nous on en a fait des
créatures féminines et masculines. Alors déjà on est en porte à faux par
rapport à l’origine du mot. Mais encore un fois le mot stryge n’est qu’un
vocable, ensuite l’extension du mythe, on l’invente aussi.
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©Ed. Delcourt - 2002
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Le fait de
travailler avec plusieurs dessinateurs, ça vous plaît, c’est pour que la
série avance plus rapidement ?
C. : En fait oui, bien sûr Richard
ne pourrait pas assurer les 4 séries de front parce que le travail qu’on
lui réclame est un travail extrêmement rigoureux, précis. Donc lui
travaille à son rythme et c’est ce qu’on lui demande. Donc d’une part
c’est vrai que c’est plus rapide que ce soit plusieurs dessinateurs qui
travaillent de front. D’un autre côté ce qui est bien aussi c’est que
chacun va apporter son imaginaire personnel. A savoir que Grégory Charlet,
qui est un jeune dessinateur, a plutôt un côté manga et le héros, Quentin,
le petit infirme, le héros maître de jeu est quelqu’un qui a un côté manga
dans sa physionomie, dans sa manière d’avoir des yeux, une grande bouche,
des grands yeux, des T-shirt, enfin il y a énormément de référence à
l’univers manga, ça c’est ce qu’on doit au dessinateur. Ce sont ses
références, ce ne sont pas les miennes. Chaque dessinateur va s’emparer de
sa série et va y mettre son propre imaginaire. Quand à Michel Sureau qui
est quelqu’un de beaucoup plus classique et plus âgé que Grégory Charlet,
il est passionné par le Moyen ge, donc c’est aussi sa série à lui, le clan
des chimères, il va s’en emparer pour magnifier les décors, pour mettre en
avant les intérieurs, les extérieurs, les mentalités de l’époque. Et donc
chacun amène un petit plus à une série d’action et d’aventure.
Et celle qui va se passer dans le futur ?
C. : Et bien c’est
pareil, Marc Moreno qui est un jeune dessinateur qui vient du jeu vidéo,
lui sa spécialité c’était justement la science fiction, l’héroïc fantasy
et il était designer, donc il maîtrise bien tous les costumes de la
science fiction, tous les véhicules. Moi je suis fasciné par ça, mais je
ne suis pas spécialiste. Et donc chacun amène une pierre à l’univers des
stryges et nourrit à sa manière le scénario.
Et qu’est-ce qui va se passer sur Mars ?
C. : J’aime pas trop raconter mes histoires…
Mais juste pour avoir une idée…
C. : Ça va se passer sur Mars et
on va découvrir en fait une colonie terrienne, et une colonie de mutants.
C’est à dire les premiers habitants de Mars auraient été des humains
opérés génétiquement pour pouvoir survivre sur la planète, et ces premiers
humains, à cause de la nouvelle colonisation qui a évolué et qui n’a plus
besoin de mutation, sont considérés un petit peu comme des indiens, comme
les africains. Ils sont considérés en tous cas comme des indigènes et sont
traités de cette manière là. C’est à dire qu’on les parque, qu’on leur
rejette la faute d’expériences qui ont raté alors qu’ils étaient eux-mêmes
des cobayes. Donc voilà un peu le cadre. Le héros est un garagiste, un
dépanneur, donc il dépanne les gens qui sont en panne sur Mars. Donc il a
une espèce de petit garage, en poste avancé dans le désert et il va se
retrouver un petit peu forcé de résoudre une énigme qui va l’entraîner
vers les réserves des premiers martiens. Et il sera accompagné d’une
héroïne, c’est une diplomate, une avocate spécialiste du conflit qui
oppose les nouveaux pionniers aux premiers martiens. Voilà pour le cadre,
pour l’histoire c’est autre chose, faudra acheter le livre.
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©Ed. Delcourt - 2002 |
Quel genre de public lit les stryges ?
C. : En fait on a, sur un
festival, une idée très restreinte du public puisque se sont des gens qui
se déplacent et qui sont un petit peu toujours les mêmes d’un festival sur
l’autre. On trouve je dirais des 15 – 30 ans sur les festivals et il se
trouve que par hasard de temps en temps je tombe aussi sur des gens qui ne
correspondent pas du tout à ce profile là qui lisent.
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Donc on a une très mauvaise image des
tranches d’âge qui nous lisent et à la limite c’est pas une préoccupation
qui nous passionne. Enfin nous on essaye de faire quelque chose de
cohérent et le public va se déterminer en fonction de ses intérêts, c’est
pas quelque chose qui me porte. Je travaille pas forcément pour un public
particulier.
Est-ce que c’est un univers qui plaît aux adeptes des jeux de rôles ?
C. : J’espère, je sais pas. En fait les
échanges qu’on a sur les festivals, qui pourraient être des échanges
justement de cet ordre là, savoir un petit peu qui vous êtes et ce que
nous sommes, sont très très limités par le temps et par la dédicace
elle-même. Les gens viennent plus pour avoir un petit dessin. On a donc
très très peu de temps en fait pour échanger. Faudrait voir un peu ce qui
se passe sur les sites Internet, voir les forums de discutions et j’ai pas
vraiment le temps de m’en occuper.
Comment on passe des
stryges qui est un univers assez sombre, assez violent à Petit verglas ou
Sales Mioches, qui est le contraire ?
C. : En fait, moi, je suis
quelqu’un de normal. Donc de temps en temps le matin j’ai la pêche, je
vais passer une bonne journée et je vais tout voir positivement. Et puis
de temps en temps il arrive une mauvaise nouvelle, et vous passez de
l’autre côté du miroir et la vie vous apparaît sombre, une sombre une
histoire dont vous n’êtes pas le héros. Et voilà. Donc moi je passe d’un
univers à l’autre avec la même facilité qu’un gamin dans la cour de récré
passe de la bonne note aux croûtes sur le genou qui va le faire rire et
qui va le faire pleurer. J’ai pas de terrain particulier, j’aime la
découverte, j’aime la rencontre. J’aime travailler avec des dessinateurs
très différents et ces gens là ont envie d’exprimer des choses dans la
science fiction, dans le thriller, dans l’aventure, dans le polar,
d’autres plus dans la poésie, d’autres plus pour la jeunesse, plus dans le
fantastique. Moi je n’ai pas de terrain particulier. Je suis un peu à la
disposition de mes dessinateurs pour créer des univers et j’aime
l’exploration commune de chacun de ces univers. Et en tant qu’être humain
j’aime toucher à tout, je suis très curieux, je suis quelqu’un de très
curieux, je m’intéresse à énormément de choses.
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Il y a quelques mois est sorti
une nouvelle série qui s’appelle Kid Corrigan, c’est assez original par
rapport à ce que vous faites généralement.
C. : Ouais, c’était la première fois que j’explorais le monde de
l’humour, des gags en une planche. Je me souviens d’ailleurs c’est à
Sierre que j’ai présenté ça à Guy Delcourt l’année dernière, donc l’album
est sorti au mois d’avril. J’ai lu juste avant de venir ici, avant de
prendre l’avion, un petit recueil de services de presse et l’accueil
semble bon alors j’espère que le public suivra la critique…
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Là encore c’est la rencontre avec le
dessinateur, Régis Lejonc, qui est un ami, et qui vient me voir à la
maison un soir et qui me dit j’aimerais faire quelque chose avec toi, ça
serait bien que ce soit rigolo, ça serait bien que ce soit pas trop lourd,
qu’on se lance pas dans un truc…. Donc je lui dis des gags, pourquoi pas
des gags, tiens regarde j’en ai fait 2 – 3, ça te plait ? il a rigolé, ça
lui a plu, on a continué… ça se passe comme ça.
Le graphisme est assez simple, les couleurs c’est noir et orange…
C. : Ça c’est
Régis. Régis c’est à la fois quelqu’un de très simple et c’est un
dessinateur très intellectuel. Tous les cadrages sont pensés… C’est vrai
que je suis content que vous disiez que ce soit simple parce que c’est pas
fait simplement, donc ça apparaît très simple et tant mieux. Mais disons
que Régis est quelqu’un qui réfléchit énormément et dont le dessin lui
même va très vite, alors que sa réflexion sur la planche est très longue
et souvent très judicieuse et chaque trait a un sens.
C’est dur d’être simple …
C. : C’est pas facile d’être simple, voilà.
Vous avez également des albums qui sont paru dans la
collection encrage, comme par exemple le dernier c’est Le Phalanstère du
bout du monde
C. : Ouais ben là c’est pareil, c’est une rencontre
avec un jeune dessinateur de l’école de Tournay, et hier j’étais invité au
jury de cette école, donc je l’ai découvert hier, en même temps que
l’album quasiment puisqu’on ne se connaissait pas. Là contrairement à ce
qui s’est passé avec Régis, c’est un dessinateur qui m’envoie un dossier,
qui a un univers personnel, qui a un graphisme très très particulier et
qui me propose ses services et qui me dit ben voilà qu’est-ce qu’on
pourrait faire ensemble. Donc moi je m’empare de son graphisme, je
m’empare de son univers et je lui propose une histoire que j’avais écrite
et l’affaire se conclut. Et je crois que quand on est attentif à ce qu’on
nous propose, rares sont les fois où l’alchimie ne se fait pas. J’aime
bien travailler pour quelqu’un. J’ai écrit aussi certains scénarios un
petit peu à vide, c’est à dire sans idée préconçue, et ensuite je vais
essayer de trouver la personne adéquate. C’est plus dur, c’est toujours
plus long d’essayer de faire rentrer un dessinateur dans une boîte de
scénario. Alors que le contraire est beaucoup plus facile et le résultat
est souvent plus satisfaisant quand on travaille ensemble au départ. C’est
pas toujours évident, c’est pas toujours faisable, parce qu’on ne connaît
pas les personnes. Donc moi j’ai souvent envie d’écrire des choses aussi,
mais c’est mieux quand je travaille en tous cas au tout départ avec la personne.
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©Ed. Delcourt - 2002 |
Et dans cette collection aussi le nombre de pages n’est pas limité.
C. : Non
c’est bien, c’est une collection très très libre à ce niveau là. Ça permet
d’explorer des thèmes et des ambiances qui n’auraient peut-être pas
forcément leur place en grand format couleur. Les grands formats couleur
coûtent extrêmement cher, donc les gens sont extrêmement prudents,
dépensent leur argent parcimonieusement, ce qui est normal parce que c’est
cher. Et forcément quand on travaille sur du noir et blanc, l’éditeur est
beaucoup plus permissif. C’est pas qu’il achète n’importe quoi, c’est pas
ce que je veux dire, mais simplement on peut exploiter des thèmes qui sont
peut-être un peu plus difficiles sous un autre format.
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Donc ça c’est très bien. C’est du noir et
blanc, ça permet aussi à de jeunes dessinateurs de se roder, les revues
existants quasiment plus et puis les places sont chères dans les revues
puisque l’espace est limité. Là c’est faire 100 -120 pages de bande
dessinée, à la fin de cet album c’est comme si le dessinateur du
Phalanstère avait fait 3 albums de bande dessinée. Donc ça veut dire qu’il
est prêt à se lancer dans une autre aventure en grand format, en couleur,
voilà.
Ça permet de faire des One Shot aussi, c’est une autre
démarche ?
C. : Ça change un peu la démarche, oui. Alors que dans
les albums en couleurs on nous reproche souvent cette espèce de
frustration. C’est vrai que certaines de mes histoires sont conçues pour
être lues sur des grandes distances et que chacun de mes albums n’est
qu’une pierre à l’édifice et c’est difficile d’expliquer ça à un lecteur
qui va devoir attendre un an, voire parfois un an et demi. En fait c’est
un nouvel état d’esprit qu’on demande au lecteur. Je pense que ça commence
à rentrer dans les mentalités. C’est difficile.
Quelles sont vos bandes dessinées préférées, à part les vôtres ?
C. : Ha mes
bandes dessinées ne sont pas mes bandes dessinées préférées. Je ne les
relis pas d’ailleurs. Je sais pas trop quoi vous répondre. Comme je vous
ai dit tout à l’heure, j’ai des goûts très éclectiques. A la fois dans ma
production, ça va c’est vrai de la poésie, au thriller pur et dur. Mes
lectures ressemblent à ça. Je vais aussi bien aller piocher chez Yvan
Lakbé et sa production Chez Hamok que chez Glénat ou chez Lombard, enfin
j’ai pas de livre de chevet. J’aime la découverte, j’aime les choses de
qualité. Et c’est vrai qu’il y a de la BD commerciale de qualité comme il
y a de la BD d’auteur entre guillemets de moindre qualité. Donc il y a de
tout chez tout le monde. Je vais copieusement piocher un petit peu partout
et c’est vrai que j’ai une grande collection de bande dessinée. J’ai
environ 3000 titres de BD et je continue à en acquérir tous les mois. Mais
j’ai pas d’auteurs véritablement de chevet.
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